Chérif Kheddam, l’artisan du renouveau de la chanson kabyle La chronique de Abdelhakim Meziani Par : Abdelhakim Meziani

10 juin 2011

Musique kabyle

Chérif Kheddam, l’artisan du renouveau de la chanson kabyle La chronique de Abdelhakim Meziani Par : Abdelhakim Meziani dans Musique kabyle logo_imp
Edition du Samedi 18 Décembre 2010

Culture

Chérif Kheddam est l’artiste qui a su, le premier, briser de façon radicale une tradition quelque peu éculée et engager la chanson kabyle sur la voie du renouveau.

Malgré son handicap culturel de départ et en dépit de son âge, il s’est attaché à acquérir une culture musicale en France en s’initiant au solfège, au chant puis à l’harmonie. Tassadit Yacine dit, à son propos, qu’il a su créer un espace d’expression ouvert sur la modernité, imposer une rigueur au niveau de la création qu’il n’a pas manqué d’inculquer aux jeunes chanteurs. C’est grâce à mon ami Tahar Djaout, avec qui je partageais les passions de l’écriture, du cinéma et de La Casbah, où il avait grandi et étudié, que je suis parvenu à combler mes insondables lacunes, s’agissant du patrimoine musical kabyle. Faisant partie d’une génération de chanteurs de talents comme cheikh Noureddine, cheikh Lhasnaoui, Slimane Azem, Allaoua Zerrouki, Chérif Kheddam a été, avant l’explosion de la nouvelle chanson kabyle symbolisée par Idir, Aït Menguellet, Ferhat Imazighen Imoula, Malika Domrane, Nouara, Ahcène Abassi, le groupe Yugurten, le véritable vivificateur de ce patrimoine. Pourtant, me confiait l’auteur des Rets de l’oiseleur, rien ne le destinait à une carrière artistique, surtout qu’il ambitionnait de devenir imam comme son père, féru de tajwid qu’il pratiquait à la zaouïa de Boudjelil (Petite Kabylie). Pour Tahar Djaout, la chanson kabyle n’est pas celle qui a le plus marqué le grand chantre: “Il découvre la musique classique, s’en imprègne, réprouve pour elle un grand penchant. L’artiste opère une osmose du sombre et du lumineux, du jubilant et du dramatique, de l’amour et du désespoir.” Dès ses débuts, Chérif Kheddam apparaît alors comme un révolté, un enfant indocile qui bouscule les conventions et les tabous. Dans une société aussi austère que la société kabyle traditionnelle, où la beauté même est suspecte, estimait Tahar Djaout, ses chansons ont paru, à la fois par leur élaboration harmonique et leurs thèmes amoureux, inhabituelles, déroutantes, presque inconvenantes. Instrumentiste, parolier, compositeur, l’auteur de Nadia se fait une très haute idée de la poésie, même s’il ne fait pas partie du club des poètes. Mais si Chérif Kheddam est intervenu plus sur la musique que sur la poésie kabyle, ses textes n’en possèdent pas moins une indéniable richesse poétique où il arrive à exprimer son enracinement dans le pays originel personnifié par ses montagnes indomptables et la beauté de ses filles. Un engagement social est déjà perceptible à la faveur d’un plaidoyer pour la femme, Lehdjab etharit (pourquoi voiler la femme libre ?). Il atteint son plein épanouissement avec Alemri enregistrée en 1963, l’année d’ailleurs où l’artiste rentre au pays après avoir travaillé une quinzaine d’années en France. Cette chanson est d’une grande élaboration musicale et est considérée aujourd’hui par les amateurs un peu comme la chanson totem de Chérif Kheddam. Mais l’indépendance apportera aussi à l’artiste des déceptions d’ordre professionnel. Pour autant, les lendemains qui vont suivre son retour sur la terre de ses ancêtres vont jouer un rôle primordial dans son rapport à sa société, à son identité. Très vite, il sera à l’écoute des battements de cœur de son pays, du sort qui est fait à sa culture d’origine. Ce qui lui permet d’amorcer une troisième étape très significative pour les uns, et à tout le moins symbolique pour les autres. Il sera amené à traiter, en effet, sur le mode allégorique, un certain nombre de problèmes sociaux, historiques, identitaires. Comme pour étayer son argumentaire, Tahar Djaout cite l’exemple de D-azdayri akka ierigh (je me sais algérien), une chanson datant de 1984, où le chantre du Djurdjura met à mal les zélateurs de la culture de l’oubli et les fossoyeurs de l’identité nationale. Je ne peux être que d’accord avec Tassadit Yacine, surtout lorsqu’elle souligne que Chérif Kheddam, de son vivant même, fait déjà partie de la grande lignée des ancêtres, ceux qui avaient jadis pour fonction de se réapproprier la tradition ancestrale sur des bases nouvelles pour engendrer une conception du monde en adéquation avec la réalité concrète.

A. M.
mezianide@djaweb.dz

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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