ENTRETIEN AVEC L’ARTISTE AKIM EL-SIKAMEYA

14 février 2011

AKIM EL-SIKAMEYA

Publié le 21/08/2010 à 03:03 – 353 visites

Source : lesoirdalgerie

ENTRETIEN AVEC L’ARTISTE AKIM EL-SIKAMEYA

Akim El-Sikameya, voilà un nom vraiment artistique. L’artiste est natif d’Oran, la plus «bahia» (joyeuse) des villes d’Algérie.

Dès l’âge de huit ans, il apprend le chant et le violon à l’école de musique arabo-andalouse, Nassim El-Andalous.
Avec un groupe d’amis, il fondera, plus tard, le groupe El-Meya.

Parti en 1994 vers Marseille, il se fait remarquer par sa voix rare de contre-ut et sa façon de jouer du violon. El-Sikameya a à son actif trois albums (solo) édités en France : Atifa-Oumi sorti en 1999, Aïni-Amel (2005) et Un chouia d’amour (2009). L’artiste nous parle de sa passion pour la musique…

Entretien réalisé par Kader B.
Le Soir d’Algérie : On dit que «la presse mène à tout, à condition d’en sortir». Est-ce valable pour la musique andalouse ?
Akim El-Sikameya : Oui et non, cela dépend des objectifs personnels, selon que l’on veuille rester dans la tradition araboandalouse d’interprétation ou partir de la tradition pour créer une œuvre originale. Dans le premier cas, qui consiste à perpétuer la tradition ancestrale d’interprétation, c’est difficile, on peut sombrer dans l’ennui, et le risque majeur, c’est qu’en voulant sauvegarder une tradition, on lui nuit, tout en étant, le plus souvent, animé d’une bonne volonté… En outre, les formateurs gagneraient à réfléchir pour innover par la production et l’utilisation d’outils modernes de transmission du savoir… La nature n’aime pas le statique et une eau qui stagne finit par se détériorer. Quand on est interprète, il faut vraiment être exceptionnel pour sortir du lot, car le public est très exigeant envers la tradition, il la connaît, l’artiste ne lui apprend rien, et tout se joue sur le charisme et la manière d’interpréter… Oum Kalthoum, Amalia Rodrigues, Edith Piaf, Frank Sinatra, Nina Simone… il y en a pas des masses, ils sont uniques, habités… C’est la magie de l’art… Dans le deuxième cas, lorsqu’on s’est doté d’un solide bagage technique et culturel dans le domaine de l’art andalou aux composantes riches, variées, un peu difficiles, on pourrait se permettre quelques expérimentations ou innovations intéressantes dans le domaine de la création musicale inspirée de cet art, embrassant ainsi un style avec une couleur andalouse. Sans ce solide bagage, toutes les tentatives de création donneraient une espèce de «fusion» artificielle ou bien du «copy-past». Donc, sortir de la tradition après y avoir été immergé durant plusieurs années est utile et représente une condition nécessaire mais pas suffisante pour créer une œuvre qui a un intérêt musical.
Pourquoi ce nom d’artiste «El- Sikameya» ?
El-Sikameya est mon nom de scène, composé de noms des noubas araboandalouses : la nouba d’el-sika et la nouba d’el-meya. J’adore la nouba d’el-sika car sa gamme est très flamenco et comme ma voix, assez andalouse, se prête à ce registre, je me suis d’abord attribué «El-Sika» auquel j’ai ajouté «Meya» en hommage à une femme qui porte le nom de cette nouba.
Moderniser la musique andalouse, est-ce une affaire d’instruments ou de rythmes (ou les deux) ?
J’ai du mal avec le terme «moderniser», je préfère «innover». Moderniser signifierait que la musique arabo-andalouse est une antiquité, alors qu’elle est en ellemême très moderne : on la joue encore plusieurs siècles après sa création, et elle fait toujours danser ! Je pense que toute grande œuvre est moderne, dès lors qu’elle s’exprime par et pour son époque, et qu’elle est capable de la transcender (et donc d’être appréciée longtemps après). C’est un peu la définition que donne Baudelaire de la modernité : un peu de mode et un peu d’éternité ! La musique arabo-andalouse est donc moderne à mon sens, mais les œuvres que je crée aujourd’hui sont modernes à leur façon, celle-ci ne pouvant être la même que celle que la musique dite traditionnelle a connue à sa création. Je pense que créer est un état d’esprit. On peut être interprète sans être compositeur – ou l’inverse — ou encore composer et chanter ce que l’on compose, ce qui est mon cas. Il est ardu de créer une œuvre à la fois forte et originale quand on sort d’un long apprentissage de 16 ans de musique universelle traditionnelle à l’issue duquel s’ouvrent deux voies différentes : soit faire pareil et interpréter majestueusement le répertoire traditionnel, soit relever le défi, écouter sa sensibilité et faire quelque chose de personnel et de nouveau en s’inspirant de la tradition, sans la calquer ni la dénaturer. Cela prend des années pour comprendre, assimiler, digérer et créer des choses nouvelles, mais cette démarche est très excitante et passionnante. Cela passe par de longues heures d’écoute de musique, mais aussi par une écoute attentive de soi, de ce qui nous entoure et nous touche, source d’inspiration permanente. En conclusion, la modernité est dans la musique, le rythme, le texte, les thèmes, le choix des musiciens et leurs cultures. Il y a un côté sacré dans la création, ça passe beaucoup par le feeling humain, c’est magique, tous ces paramètres s’inscrivent dans un processus de création singulière et moderne.
Il y a des «puristes» qui n’aiment pas qu’on touche à la musique andalouse, comme d’ailleurs au chaâbi…
Les conservateurs ont pour noble mission de préserver et pérenniser l’art andalou, ce trésor qui nous a été légué et dont la richesse et la diversité de ses styles se sont forgés sur l’apport considérable des civilisations qui se sont succédé et enchevêtrées en terre d’Andalousie, pour embrasser l’universalité. En plus de la sauvegarde et de la transmission de ce patrimoine ancestral, le rôle des conservateurs est vital à la création en assurant l’apport du background nécessaire à celle-ci. Les innovateurs doivent également exister, et faire évoluer la musique en l’adaptant à leur environnement, leur époque, leur propre sensibilité. Je pense que chacun a son rôle à jouer. Selon que l’on privilégie la tradition ou la création, on se tourne vers le passé ou le futur ; il s’agit simplement de démarches différentes que chacun appréciera en fonction de ses objectifs artistiques. A noter que la problématique de la paternité ou de l’originalité de l’œuvre sévit également au sein du milieu des conservateurs, alors que nul ne peut prétendre que telle ou telle œuvre est la musique originale eu égard aux controverses de l’histoire. On peut également relever que les chanteurs traditionnels, par leur interprétation du traditionnel, le changent déjà… D’où l’inutilité de ces querelles non productives entre conservateurs et innovateurs.
Hamid Baroudi préfère dire «ethno et global pop» à la place de «world music», parce que, dit-il, toute musique est une musique du monde. Votre avis sur cette question…
Cette question pourrait être très large… Même si la world est liée à une certaine vogue de l’exotisme, j’adhère à sa volonté d’ouverture à la diversité culturelle et de réhabilitation de musiques traditionnelles par une approche contemporaine. Par contre, je fais partie des critiques qui s’insurgent contre l’utilisation du label World comme un immense fourre-tout aux fins de commercialisation de la musique non occidentale en tous genres. Le classement de ma musique dans la world me paraît plus approprié que son classement dans la pop, celle-ci englobant des genres musicaux aussi extraordinairement variés que l’instrumentation, mais ne se référant pas à des racines déterminées ni à un foyer culturel particulier ; or, en ce qui me concerne, mes racines arabo-andalouses demeureront toujours ma structure de base. Je ne saurai pas non plus me situer dans l’ethno et je rejette le concept d’ethnie dans la musique car je considère que le langage musical est universel, apte à transcender les barrières sociales et culturelles et à exercer une large influence interculturelle.
Comment les gens, à travers le monde, réagissent à votre musique ?
Les gens réagissent très bien, ils sont toujours heureux de découvrir ma musique et ses sons andalous qui leur étaient inconnus, prouvant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir la même culture que l’artiste pour y accéder, s’éclater pendant 1h30 dans la joie et la bonne humeur et sortir avec une énergie positive, que du bonheur ! J’adore chanter, j’adore la musique, j’adore le public, je suis généreux sur scène et mon public me le rend bien. C’est le rêve !
Des projets ?
Oui, je maquette en ce moment de nouveaux titres, notamment un titre dédié à mon pays. J’organise un événement parisien «Les Noubas d’ici» (un événement festif méditerranéen pluridisciplinaire et interculturel) dans un lieu magnifique, à Paris, qui s’appelle La Bellevilloise.
Quel est votre rêve d’artiste ?
Continuer…
Les fusions musicales sont-elles un bien pour la musique (surtout traditionnelle) ?
Cela dépend des fusions ! Il y a parfois des fusions catastrophiques, comme de mélanger pour mélanger : mettre une derbouka pour que le titre sonne oriental, ou mettre une boîte à rythme pour que le son soit moderne !!! Ce sont là des fusions faciles et sans intérêt ; d’ailleurs, les titres disparaissent très vite. Comme je vous ai l’ai dit auparavant, la modernité, l’innovation et la création sont tout d’abord un état d’esprit, qui, ajouté au talent, peut aboutir à de beaux résultats…!
Si on vous demande de choisir un seul album pour un voyage dans l’espace, lequel choisirez-vous ?
Pardonnez-moi de ne pouvoir faire ce choix impossible, quitte à me priver de ce voyage extraordinaire… Mon choix se porterait sur quatre albums : un interprète traditionnel arabo-andalou : Cheikh Redouane Bensari, un interprète moderne : Salim El-Hillali, de flamenco du groupe Ketama et l’album Homogénic de Bjork.
K. B.

 

À propos de Artisan de l'ombre

Natif de Sougueur ex Trézel ,du département de Tiaret Algérie Il a suivi ses études dans la même ville et devint instit par contrainte .C’est en voyant des candides dans des classes trop exiguës que sa vocation est née en se vouant pleinement à cette noble fonction corps et âme . Très reconnaissant à ceux qui ont contribué à son épanouissement et qui ne cessera jamais de remémorer :ses parents ,Chikhaoui Fatima Zohra Belasgaa Lakhdar,Benmokhtar Aomar ,Ait Said Yahia ,Ait Mouloud Mouloud ,Ait Rached Larbi ,Mokhtari Aoued Bouasba Djilali … Créa blog sur blog afin de s’échapper à un monde qui désormais ne lui appartient pas où il ne se retrouve guère . Il retrouva vite sa passion dans son monde en miniature apportant tout son savoir pour en faire profiter ses prochains. Tenace ,il continuera à honorer ses amis ,sa ville et toutes les personnes qui ont agi positivement sur lui

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2 Réponses à “ENTRETIEN AVEC L’ARTISTE AKIM EL-SIKAMEYA”

  1. Piper Dit :

    I critically take pleasure in your posts. Thanks
    Piper http://salzwedel33.jigsy.com/entries/general/ball-of-foot-pain

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